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Le blog de Robert
tranches de vie, mode de vie, travail et passion, vie...

Durandal, une fiction historique...

robertditsch #histoire

Prologue

 

L'histoire se situe en Austrasie, ( actuellement région Grand Est, en Lorraine, plus précisément dans le département de la Moselle, arrondissement de Forbach, canton de St Avold, dans le village de Dourd'hal, annexé à la ville de St Avold en 1966  )

Une province de la Gaule au huitième siècle de notre ère, dont voici un résumé historique :

 

Charles Martel, après avoir combattu et vaincu les Neustriens en 719 devient le maître de la Neustrie et de l'Austrasie. Guerrier émérite, il repousse les Saxons et les Frisons du nord, en 734, après avoir annexé la Bavière en 728 et l'Alémanie en 730.

Puis il part repousser l'invasion musulmane au sud-ouest de la Gaule, appelé au secours par le duc d'Aquitaine, Eudes. L'armée musulmane menée par Abd-al-Rahman est défaite aux alentour de Poitiers en 732 et repoussée hors des frontières sud du royaume. Charles Martel obtient la soumission d'Eudes et de l'Aquitaine. Fort de ses victoires, il va dans le sud-est de la Gaule et , de 733 à 739, s'assure de la subordination de la Provence et de la Bourgogne, aidé par ses deux fils, Carloman et Pépin.

 

À la tête d'un grand royaume, Charles Martel  meurt en 741, non sans avoir partagé le royaume entre ses deux fils.

Pépin prend la tête de la Bourgogne, de l'Aquitaine, de la Neustrie et de la Provence, tandis que son frère Carloman se voit attribuer l' Austrasie, l'Alémanie et la Thuringe.

 

Pépin, avec Bertrade, dite " Berthe aux grands pieds ",  a eu deux fils, Charles et Carloman, le neveu du moine,  et deux filles, Hermengarde  et Giselle.   Laquelle aura un fils, Roland.

Pépin et Carloman doivent défendre les frontières du royaume, et, combattant de concert, sont vainqueurs des Alamans et des Bavarois en 742, ils doivent aussi faire face à de nombreuses révoltes et les répriment en Alsace, en Saxe, chez les Alamans, de 742 à 746.

En 747, Carloman abdique en faveur de Pépin, pour se faire moine. Pépin se retrouve donc seul à la tête du royaume des Francs.

En 749 Pépin soumet la Bavière et devient Maire du palais des Francs jusqu'en 751, ou il se fait élire roi des Francs par une assemblée des Grands du royaume, à Soissons, haut lieu de bravoure des Francs et de Clovis.

C'est l'évêque saint Boniface qui célèbre le premier sacrement d'un roi par l'Église en 752. 

En 754, le Pape Étienne II , assiégé par les Lombards, vient demander de l'aide à Pépin, et pour sceller l'union entre le royaume et l'Église, procède au sacre de Pépin, son épouse Berthe, ainsi que de ses deux fils, Charles et Carloman, en l'église abbatiale de Saint-Denis.

 

La royauté de sang divin était née !

 

Pépin et ses fils libèrent Ravenne et la Pentapole du joug des Lombards pour asseoir l'autorité du pape sur ces provinces.

Il reprend les armes en 759 contre les Sarrasins, s'empare de Narbonne, et soumet la Septimanie ( Bas-Languedoc ), puis remet  de l'ordre en Aquitaine, de 760 à 768, annexant complètement la province.

Pepin meurt en 768, laissant ses fils Charles et Carloman aux commandes du royaume.

Carloman meurt en 771, laissant le royaume aux mains de Charles, que l'on nomma  Carolus Magnus, Charles le Grand, que l'histoire retiendra sous le nom de Charlemagne.

 

Chapitre premier.

Le village de Durandalem.

 

 

Je suis Robert. Robert le Schmit. Le forgeron.

Je me lève. Il fait encore nuit. Dans les braises de l'âtre, je pose quelques bûches, retire un bout de bois en flamme et allume ma lampe à huile. Une lueur blafarde éclaire la pièce derrière l'atelier. Estelle , ma dame, dort encore, ainsi qu'Alyson, notre fille adolescente.

Quittant mes habits de nuit , humides malgré les peaux recouvrant la couche, je me réchauffe, nu devant la chaleur du feu. Je grignote un quignon de pain et un bout de fromage, avec une rasade du vin de Child, l'aubergiste . Tout est calme au dehors, les crépitements des braises réactivées résonnent dans la chambre . Une fois qu'elles seront séchées à la chaleur de l'âtre, je pourrai enfiler mes braies de travail.

Le jour se lève.  Il fait encore froid en ce début mars.

Je suis Robert , forgeron et maréchal-ferrant. J'habite un petit hameau, Durandalem, au fond d'une vallée de  l'Austrasie entourée de collines qui hélas , désespoir du forgeron, ne recèlent pas de fer.

Du plomb au sud, du cuivre au nord. Le fer, ainsi que le charbon,  proviennent  des provinces du nord de l'Austrasie.

 

Ce matin, je  dois allumer ma grande forge, située sous la cascade, au bout du bourg, vers les collines. La journée est chargée ! Hier, on m'a livré du minerai provenant des confins du royaume, par une ordonnance émanant de l'abbaye des Glandières. Je dois en extraire le fer.

La grande forge de Robert est spéciale ! Pour fondre le minerai, j'ai trouvé un système ingénieux de ventilation forcée. L'énergie provient de la roue à aube, dans la cascade.

Nous sommes bientôt au printemps. La saison froide est finie, les neiges fondent, et la cascade débite bien plus d'eau qu'il n'en faut à la roue.

"Que peut-on faire de toute cette énergie ? ",  m'interrogé-je parfois, imaginant des machines fantastiques... tout en chargeant mon foyer de bois et de charbon.

 

J'ai mis au point un système d'alimentation en eau pour le village. Chaque maison possède une arrivée d'eau : il suffit de soulever le panneau à l'extrémité du tuyau pour qu'elle s'écoule, depuis une réserve constituée d'une immense barrique. Cette barrique est située sur la colline. Elle se remplit d'eau avec des seaux mus par la force de la roue à aube. Le tuyau court à travers tout le village avec des ramifications à chaque maison. Tous les villageois reconnaissent que c'est bien pratique d'avoir de l'eau à volonté dans sa maison !

Pour Michel, le bûcheron,  j'ai inventé une scie qui , grâce à un mécanisme mu par l'énergie de la roue à aube, débite automatiquement des planches, de rondins de bois, planches dont tout le monde fait grand usage ! Michel, maître charpentier, bâtit des maisons, des granges, construit des meubles fonctionnels, des armoires et autres cagibis de stockage , finement décorés des sculptures de ses filles.

Il est  maître charpentier, et donc pas une des demeures du village ne s'est construite sans lui.

La forge commence à bien chauffer. De chauffe en chauffe, le fer contenu dans le minerai finit par fondre et coule directement dans de grands rectangles de terre cuite, qui formeront la base de lames d'épées. Au bout de la matinée, j'ai fini. Il y a cinq moules pleins. Je peux donc forger cinq épées ! Je peux rentrer chez moi. Estelle a préparé le déjeuner, et je dois allumer la petite forge au village pour l'après-midi. Des chevaux ont besoin d'être ferrés.

 

Chapitre deux.

Le don du ciel.

 

Soudain, en chemin vers le village, un grondement venant de l'ouest derrière moi me fait me retourner !

Une boule de feu arrive du ciel et s'écrase dans un vacarme assourdissant, labourant la prairie à quelques coudées de ma grande forge ! Il s'en est fallu de peu !

Retournant prestement vers le lieu de l'impact, je suis rejoint par les habitants du village , intrigués et effrayés par cette boule de feu tombée du ciel !

En touchant le sol, la boule, un caillou de trois pieds de diamètre, a creusé un sillon d'au moins cent cinquante pas dans la prairie. Un nuage de vapeur monte au contact de la terre encore froide et enneigée. La chaleur a fait fondre la neige dans un rayon de dix pas.

On entend comme un sifflement.

D'abord de couleur rouge, elle refroidit et vire rapidement au noir, et le sifflement diminue en fréquence, s'atténue, jusqu'à disparaître.

Je m'en approche. Le curé du village, l'abbé Paul,  me conjure de rester à l'écart, ceci ne pouvant être que l'œuvre du Démon !  Pour l'abbé Paul, tout ce que lui ne peut expliquer sur-le-champ est l'œuvre du Démon...  Malgré son avertissement, je vais chercher des outils, et avec d'infinies précautions, j'essaie de tâter la boule. J'ai du mal à approcher la pique, non seulement à cause de la chaleur que la boule dégage, mais ma pique en fer a tendance à être repoussée par la boule. À l'aide d'une lance en bois, je peux la toucher. Elle est molle, comme du fer très chaud. Oh ! Mais que voilà un beau minerai tombé du ciel, cadeau des Cieux ! Ce qui est loin de l'avis de l'abbé Paul, voyant plutôt là les portes de l'enfer s'ouvrir !

D'un pas décidé, l'abbé s'en retourne vers sa chapelle, et sonne le tocsin !

Pourtant, personne n'est mort...  Mais l'abbé est aussi pleutre que curé.

D'un commun accord, nous nous donnons rendez-vous ici même après le déjeuner, déjà retardé par l'évènement. Il faudra rouler la boule jusqu'à la grande forge quand elle sera refroidie.

 

L'après-midi, la boule a durci,  suffisamment refroidie pour être roulée, à grand renfort de bâtons, jusqu'à la grande forge. Je remarque que son poids parait léger au vu de sa taille.

L'abbé Paul n'a pas réapparu. Terrorisé, il s'est enfermé dans la chapelle, priant tous les saints de lui venir en aide !

Un phénomène étrange : les petits éclats et copeaux de fer jonchant le sol sont repoussés par le passage de la boule.

Qu'est-ce donc que ce prodige ? De la diablerie ? L'abbé aurait-il raison ?  Ce serait bien la première fois !

 

Je m'en occuperai demain, si Dieu me prête vie. Pour l'heure, je dois ferrer Bella, la jument du Fernand le Bauer, le paysan. Dillon, un des commis du Fernand,  me mènera la jument à la forge. Et il faut aussi que je continue le travail sur un rouage pour P'tit Louis le Muller, le meunier et boulanger.

Émile, l'éleveur de chevaux, vient passer commande de chevaux à ferrer. Il a un client important qui viendra sous peu acheter quelques mâles et une jument. Il est installé à l'orée du bois, sur la route de Naborum, et doit construire, avec Michel, des charrettes pour son client. Bien sûr, il compte sur moi pour cercler les roues de ses charrettes !

Tout en œuvrant, je pense à cette boule. Mais de quoi est-elle faite ? D'où vient-elle ? Est-ce un cadeau de Dieu ? Ou est-ce un châtiment ?

Dans un cas comme dans l'autre, est-ce pour moi, Robert ? Sûrement, vu qu'elle est tombée juste à côté de la grande forge !

 

Chapitre trois.

Childéric.

 

 

Le crépuscule est là, il est temps d'aller chez Child écluser quelques pintes et relater l'évènement.

 

Child, de son vrai patronyme Childéric, est notre "blanc qui vend tout " !

Childéric est un ancien négociant, archer réputé dans l'armée de Pépin.  Il parcourait le monde pour trouver toutes sortes de choses.

Un jour, il y a déjà des années, il est arrivé avec Pépin en route pour Mettis, s'est amouraché de Guenièvre, la sœur au Fernand, qui lui a donné une fille, Manon.  Et il est resté à Durandalem , s'installant dans le village, ouvrant une échoppe de toutes sortes de produits, et installant une auberge qui est vite devenu l'agora du village . 

Son érudition et ses nombreux savoirs l'ont fait élire assistant du  bourgmestre Jacou Artz.

 

Son échoppe recèle des trésors, des denrées et épices d'Orient, des vins des coteaux d'Aix, des cervoises de Belgique, des tissus de Cachemire , des soies de Lugdunum, des étoffes venues des plus lointaines contrées d'Orient, des onguents et pommades de tout l'Empire romain d'occident et d'orient, des bijoux et ornements provenant des conquêtes  de l'Armée du roi, et moult alcools venus des provinces de l'est. Sans oublier la production locale, fournie par  Clovis l'éleveur de bétail pour les viandes  et par le Fernand pour les légumes et autres fruits. Et le schnaps distillé par le même Fernand !

Toute une partie de l'échoppe renferme des armes, une passion de Child.  La petite hachette côtoie un trébuchet, des arcs et autres arbalètes sont accompagnés de flèches. Il y en a de toutes sortes : des flèches à pointe en triangle, classiques, en harpon, provoquant des blessures inguérissables, des flèches terminées par une boule, pour assommer sans tuer, des flèches à bout en croissant, qui tranchent net tous les membres qu'elles touchent, des flèches -sifflets pour terroriser l'ennemi, des flèches rotatives, transperçant toute matière, y compris les cotes de mailles et les armures, des flèches incendiaires, s'allumant au moindre contact...

Les arcs aussi sont de factures variées ! Certains peuvent tirer cinq ou six flèches en même temps. D'autres, plus petits , à double courbure, ont une portée bien plus grande que les arcs classiques.  Des arbalètes à répétition avec un magasin de vingt flèches sont capables d'envoyer deux flèches par seconde, des engins sur trépieds tirent des lances les unes derrière les autres avec une force inouïe sur une lieue de distance,...

 

À côté trône tout un étal de lames, de la petite dague " d' évêque " dissimulée dans une manche d'habit, même sacerdotal , à la grosse épée de templier de cinq pieds de long et douze livres de poids, du cimeterre sarrasin au sabre des confins de l'Orient. Toute une gamme d'épées est présentée ici, y compris la production locale, que je fabrique régulièrement.

Des vêtements de protection allant de la cote de maille à l'armure la plus lourde, en passant par les gants, épaulières coudières et autres heaumes, casques et plastrons censés garantir la vie sauve en cas d'attaque au corps à corps, côtoient des habits plus luxueux qui sont plus de parade que de défense.

 

Tout ce que le génie humain a pu inventer pour faire la guerre et tuer...

 

Child fait souvent appel au forgeron pour construire des nouveaux modèles sortis de son imagination, et je participe avidement à ses créations. Les pièces de bois sont confectionnés par Michel, le bûcheron. L'échoppe de Child est réputée au-delà des collines, et nombre de guerriers viennent à Durandalem se pourvoir en armement.

 

Bien sûr , on trouve aussi  les pains de P'tit Louis et les gâteaux et autres délicatesses de la Berthe, la dame au P'tit Louis.

À côté de l'échoppe, la taverne, ou plutôt l'auberge, est le lieu de rencontre de Durandalem.

Pour les voyageurs, Child a toujours quelques paillasses et un bon dîner à proposer.

Sa muse, Guenièvre, assistée de sa fille Manon, est un vrai cordon bleu, maîtrisant l'art culinaire comme personne.

 

Chapitre quatre.

L'auberge.

 

 

Child est derrière son comptoir, à servir une rasade de la dernière production du Fernand : une quetsche de l'automne dernier, bien macérée, et distillée récemment.

 

Le Fernand est là, avec son fils François, et ses deux commis, Dillon, et le borgne.

Michel aussi est là, accompagné de ses filles, dont la joie permanente égaye l'assemblée.

L'abbé Paul  entre dans l'auberge, une grande croix portée à bout de bras, espérant grâce à Dieu pouvoir  museler ce démon qui nous est apparu ! Quelques paroissiens le suivent, il a réussi à semer le doute sur cet objet venu du ciel .

Tout le monde demande à l'abbé d'arrêter d'appeler le Seigneur a haute voix, il n'est pas sourd !

P'tit Louis arrive, son grand fils Isabel et sa petite dernière , Jeanne, sur ses talons . Il apporte des tartes flambées aux oignons et lardons, qu'il fait à chaque nouvelle flambée pour son four à pain. Elles sont le  régal habituel de la fin d'après midi. Il est suivi de Clovis avec ses paniers d'œufs, et quelques volailles fraichement plumées, pour Child.

Nous en sommes à trinquer, à parler de cette boule qui se trouve dans ma grande forge, et qui est tour à tour magique, bizarre, démoniaque, fantastique, mauvais présage, divine, dangereuse, " c'est un avertissement divin !" Mais le summum c'est quand je dis : "Demain je vais la faire fondre !"

Un tollé général !

" Tu es fou ! Inconscient !  Hérésie ! Blasphème !  Tu vas tous nous tuer !" crie l'abbé au bord de la crise de nerfs .

La discussion s'enflamme, attisée par la quetsche, quand arrivent deux cavaliers.

 

La nuit est tombée, mais la pleine lune dévoile les deux silhouettes. L'un des deux est Jean, l'abbé des Glandières, de l'abbaye de Saint-Martin du même nom, dans la vallée à côté, sur la route de Mettis. L'autre, richement vêtu, semble être un personnage important.

"Nous avons vu le signe du ciel ! " , annonce d'entrée l'abbé Jean ," et entendu le tocsin ! " jetant un regard noir sur notre curé.

" Monseigneur Denis , évêque de Mettis, ici présent, est mandaté par Charles, fils de Pépin, pour faire confectionner une épée par chaque forgeron du royaume, pour participer à l'effort de guerre contre les Vascones, qui menacent le pays. Il était avec moi ce matin à l'abbaye des Glandières quand nous avons vu le signe dans le ciel. Pouvez-vous nous en dire plus ? "

 

Aussitôt le curé prend la parole et essaie de convaincre et l'abbé Jean et monseigneur Denis du bien-fondé de son inquiétude. Monseigneur Denis, évêque de Mettis, qui connait l'abbé Paul et sa légendaire panique à chaque évènement hors de la norme le fait taire d'un geste de la main.  Un éclair et c'est le Diable qui crie ! Une rafale de vent et c'est Belzébuth qui souffle ! Quand Child est arrivé au village, c'était le diable en personne et quand il a séduit et engrossé Guenièvre, c'était la fin du village, qui serait maudit et détruit par le mal !

Et la discussion repart de plus belle, chacun ayant une précision ou un détail à apporter. Child calme le jeu en offrant une tournée, un repas à ces hôtes de marque, et leur propose un appartement qu'il met à la disposition des voyageurs de marque, que Manon va préparer pour eux.

Monseigneur Denis, érudit, après ma description et un moment de réflexion,  nous explique que ce n'est pas une coïncidence. " Non !  hurle l'abbé Paul, c'est le diable ! "

Congédiant l'abbé Paul, le renvoyant prier pour le salut de son âme tourmentée, Monseigneur Denis continua son explication . Sa venue pour me mander une épée et ce minerai tombé du ciel, à côté de ma forge, ne peuvent que signifier une chose ! Il en tire son interprétation de cet évènement céleste et nous la révèle  : "Robert, tu  dois faire de ce caillou une épée ! Pour Charles ! C'est la volonté de Dieu !"

Les plus craintifs dans l'assistance , échaudés par les délires de notre curé, se font à plusieurs reprises, bénir par Monseigneur Denis demandant à Dieu de les épargner lors de cet acte qui relève surement de la sorcellerie !

Jacou Artz, notre érudit , qui remplit aussi la tâche de bourgmestre du village, nous explique que ce n'est somme toute qu'un phénomène astral, notre Terre recevant de ci de là tous les jours des corps tombés du ciel. Et ceci, bien que rarement perçu dans nos contrées, est déjà arrivé, relaté par les écrits des moines disséminés sur le continent.

 

Chapitre cinq .

Dillon.

 

 

Dillon est un grand et solide gaillard ! Une tignasse blonde couvre son chef, et cache partiellement une cicatrice sur son front, restes d'un combat à l'épée. Discipline où il est depuis passé maître !

 

C'est en tentant de défendre  ses parents, attaqués par des pillards dans leur maison à l'entrée du village, que Dillon, alors âgé de dix ans, avait saisi l'épée du père, et avait blessé et mis en fuite deux des trois pillards, le troisième lui ayant asséné un coup de la tranche de son épée sur le front. Il parvint néanmoins, avant de plonger dans le coma, de percer le flan du pillard, qui succomba sur place. Ses parents, hélas, n'avaient pas survécu à l'attaque. Il fut soigné par le doc, Jacou Artz, qui l'hébergea quelque temps chez lui.

 

Un ami de Jacou, Jean d'Ortega, maître d'arme à Mettis, enseignait son art dans toute la province, et ne manquait pas de passer saluer son ami lors de ses voyages, et de visiter l'échoppe de Child, avide des nouvelles découvertes de ce dernier.  Il  prit sous sa coupe le jeune garçon , l'emmena à Mettis, lui donna une éducation noble et lui enseigna l'art de l'épée. 

Jean d'Ortega fit de Dillon un érudit, et une des plus fines lames de la contrée.

 

Quand il eut atteint l'âge adulte, Dillon revint au village, et ouvrit une école d'arme, sous la bénédiction de son mentor, Jean d'Ortega , à coté de l'échoppe de Child qui voyait là un bon moyen de faire commerce de ses créations et de ses trouvailles de par le monde..

Travaillant comme commis auprès du Fernand, il est devenu un fidèle client de ma forge, apportant son savoir des arts des armes et son érudition des sciences et des chimies du feu.

 

Chapitre six.

Le métal céleste.

 

 

 

Me voilà nanti d'une mission ! Fabriquer une épée, avec un caillou... Divin, certes !

 

Monseigneur Denis et l'abbé se retirent dans leurs appartements, ils reprennent la route demain, dès que se peut.

La nuit se passe en questions, peurs, puis en ébauches de mode opératoire.  Des plans sont élaborés. Le Fernand me prête ses commis pour construire un four plus résistant, devant supporter des températures très élevées, bien plus élevées  que pour le minerai de fer, d'après moi.  Et à l'aube, après une nuit blanche réchauffée par la quetsche du Fernand, me voilà prêt à retourner à la grande forge.

Tout un cortège m'accompagne, Monseigneur Denis en tête, pour découvrir ce don de Dieu. L'abbé Paul observe de loin, n'osant pas s'approcher.

La boule est toujours là, dans la grande forge au fond de la vallée. Elle a bien refroidi, et nous pouvons la manipuler.

 

Première surprise ! Au lieu des quelque cinq cents livres que pèserait une boule de fer de cette taille, elle ne fait qu'une centaine de livres !

La matière est très dense, bien moins poreuse que le minerai de fer , et une pincée de limaille de fer jetée sur la boule est aussitôt éjectée dans toutes les directions. Aucun de mes outils n'arrive à entamer sa surface, étant lui-même fermement repoussé.

On décide, d'un commun accord avec Monseigneur Denis, de fondre cette boule. Pour cela il faut agrandir le four, beaucoup de charbon, et le charbon viendra des Glandières dans la journée.

Monseigneur Denis et l'abbé Jean s'en retournent . Dès son retour à l'abbaye, l'abbé fera mander en hâte une charrette de charbon.

 

Chacun est retourné vaquer à ses tâches. Le Fernand, comme convenu la nuit précédente, me laisse ses deux commis, Dillon et le Borgne, pour finir la construction du four. La ventilation est ajustée, un culottage au bois de chêne , peaufiné par Michel, le bûcheron,  finalise le tout. On attend le charbon, qui ne saurait tarder.

L'abbaye n'est qu'à quatre lieues de Durandalem. Mais la charrette, tirée par deux puissants percherons, les plus solides chevaux que je connaisse, ne peut passer par la colline, elle doit faire le détour par la route de Mettis vers Naborum, et remonter par la vallée. Elle arrive enfin, on peut s'y mettre, tout est prêt .

 

La mise en place de la boule est facile.  À deux on la soulève !

 

Dans la forge, il ne reste que Dillon, le Borgne et moi. Estelle mon épouse et Alyson, ma fille sont passées nous apporter de quoi nous sustenter.  Nous ne pourrons quitter la forge une fois le brasier lancé.

Et  un feu d'enfer occupe bientôt le four, attisé par un vent puissant actionné par un soufflet géant, mu par la roue dans la cascade !

La chaleur intense fait jaunir la boule, puis rougir. Un sifflement apparaît, de plus en plus aigu au fur et à mesure que la boule vire du rouge au blanc. Mon four craquèle de toutes parts , jamais je n'avais atteint de telles températures !

Le sifflement, trop aigu, est devenu inaudible. Un filet de matière en fusion se forme et coule en un fluide gris brillant. Aussitôt récupéré dans un moule.

 

Il fait une chaleur infernale. Nous sommes nus, enfilant un tablier de cuir pour approcher et charger le four. L'eau abondante permet une  pluie au fond de la forge pour nous refroidir régulièrement, aussitôt évaporée dès que nous approchons du four.

Quatre bonnes pintes de ce fluide ont suinté de la boule, puis , malgré des efforts de surchauffe, plus rien, sinon une boule blanche, légèrement plus petite qu'avant. Le four est en fin de vie, à bout, il se disloque, on risque l'incendie !

On  arrête tout, on couvre de sable le magma de charbon et ce qui reste du four. Le sable fond au contact du magma !

 

Il faut maintenant laisser refroidir. La journée est bien remplie.  Le sifflement aigu réapparait au fur et à mesure du refroidissement de la boule, et nous incite à lever le camp ! Et avec  le Borgne  et Dillon, nous nous rhabillons et allons chez Child nous réhydrater après cet enfer !

 

Chapitre sept.

La guerre.

 

 

 

Des nouvelles nous parviennent des confins du royaume. Reproduites dans l'abbaye en plusieurs exemplaires.  Rendez-vous tous chez Child.

Notre bourgmestre  dit, devant une assemblée réunissant tout le village, tout ouïe :

"-  Pépin et son fils Charles  sont en Aquitaine, il a repoussé les Sarrasins mais son armée s'affaiblit. Au sud, au-delà des Pyrénées, des troubles éclatent, les Vascons fomentent une guerre. "

"-Carloman est en Provence, il se bat contre les Lombards qui veulent reconquérir la Papauté. Pour l'instant, il arrive à les contenir."

" Pépin est malade. Sentant sa fin proche, Il rentre à Saint-Denis. "

"- Un recrutement aura lieu pour renouveler et renforcer l'armée du roi, pour lutter contre les Basques, il concernera tous les jeunes hommes de quatorze ans à dix-huit ans.  À charge des seigneurs d'armer leurs paysans. "

Sont concernés le Borgne  et  François, le fils au Fernand.

 

Isabel, le fils à P'tit Louis, qui vient de fêter ses dix-neuf ans, échappe au recrutement, et c'est tant mieux, car P'tit Louis en a bien besoin pour faire tourner le moulin pendant qu'il est au pétrin !

 

"- Dillon, sur recommandation de  Jean d'Ortega, nommé depuis capitaine des soldats du roi, est pressenti pour former les jeunes aux arts de la guerre, et devra donc enseigner le Borgne et François, du village, mais aussi les jeunes des villages avoisinant, Laudrefang, à l'ouest, Tenquin, au sud, Naborum jusqu'à Hombourg, à l'est."

Cela fait une dizaine de jeunes gens à former, et ce en un temps très court , l'armée du roi doit être prête avant l'hiver !

Cette nouvelle jette un froid !

 

La guerre !

 

Et Durandalem devra payer son tribut ! 

Dillon est enthousiaste ! "Je ferai mon épée avec Robert, ce sera la meilleure ! "

 

Le Borgne, lui, évidemment ne voit pas cela d'un bon œil ! Un accident lors d'un éboulement dans la carrière de son père alors qu'il était minot,  lui avait crevé un œil, d'où son nom. Il avait sûrement un autre patronyme, mais dans toute la contrée, on ne le nommait que " le Borgne ", le fils de Joseph.

Joseph, lui, tailleur de pierres naguère, dans le même accident avait perdu non seulement son épouse, qui succomba à ses blessures, mais aussi la parole et la raison, et n'était plus que l'ombre de lui-même, incapable de pourvoir ni à ses besoins, ni à l'éducation du Borgne . Le Fernand s'en est chargé , et l'a éduqué comme son propre fils. François et le Borgne sont considérés dans le village comme deux frères .

 

 

Chapitre huit.

La naissance de Durandal.

 

 

 

Le lendemain, après une nuit réparatrice dans ma couche avec Estelle, en arrivant à la grande forge, je constate l'état du four, disloqué, à moitié fondu. Il y a encore des braises. Une couche dure et translucide recouvre les cendres, c'est le sable qui a fondu !

Intéressant...

La boule s'est déformée en refroidissant, elle ressemble maintenant à une grosse quetsche !

 

Je démoule la coulée de la veille, et stupeur ! La barre de métal, d'une couleur gris foncé, de trois pouces par un et de quatre pieds de long, ne pèse pratiquement rien. Elle est aussi légère qu'une baudruche gonflée ! Jamais je ne pourrai faire une épée  d'un métal aussi léger !

La barre dans ma besace, je me rends dans ma forge au bourg, il reste des braises du précédent ferrage.

Emile, l'éleveur de chevaux, m'attend.  Il passe commande pour douze cerclages de roue, pour la semaine prochaine.

Je réactive la forge, je veux voir comment se comporte cette barre de métal léger comme une plume !

 

J'ai du mal à la maintenir dans la forge, je dois confectionner des outils qui ne soient pas en fer, avec l'aide de Michel je dois fabriquer des outils en bois, je fabrique une pince en chêne, que je dois tremper souvent pour ne pas qu'elle s'enflamme ! Néanmoins, j'arrive à chauffer au rouge cette barre . Elle possède une force qui la repousse dès que je la présente sur l'enclume, et j'ai du mal à la maintenir !

Je frappe de ma masse, qui a l'impression de rebondir au contact de la barre, mais qui donne des formes assez encourageantes. À chaque frappe, les bords s'effilent, sans s'ébrécher...  Je n'ai jamais vu de métal réagir de la sorte ! Malgré l'impossibilité de mélanger le carbone des braises au métal rougissant, comme on le pratique pour renforcer le fer,  J'arrive à obtenir un tranchant que jamais je n'ai obtenu jusqu'alors, effilé comme un rasoir !

 

J'arriverai à en faire une épée finalement !

 

Mais il me faut du temps pour faire prendre forme cette barre, qui , après moult chauffages, frappes et refroidissements, accompagnés du sifflement chantant au gré de la température, ressemble maintenant presque à une épée.

 

Les premiers essais sont fantastiques !

 

Après avoir fixé un pommeau au bout de la barre, je fais des essais de frappe sur divers matériaux.

Une frappe sur un billot de chêne le fend en deux ! Bien plus aisément qu'une hache...

La frappe sur l'enclume est sidérante ! Non seulement l'enclume est entaillée sur plusieurs pouces, mais la lame , pourtant effilée à l'extrême, ne présente aucune écorchure ou bavure après la frappe !

Un dernier test sur le rocher était tout aussi concluant ! Le rocher est fendu de part en part !

 

Chapitre neuf.

L'école de Dillon.

 

 

Dillon a rassemblé les jeunes des bourgs alentours , afin de les former.

Dorénavant, il habiteront à Durandalem, le temps de leur formation.

Une grange, sur ordre du bourgmestre est aménagée en centre de formation, sur un terrain entièrement clos, à l'abris des regards pour ne pas nuire a l'enseignement très intensif des garçons.

Michel fournit le bois pour cela !Tout le confort nécessaire est installé, Les jeunes y vivront, dormiront, mangeront, afin que rien ne puisse les distraire de leur mission : devenir les plus fougueux soldat de Charles !

 

Sont donc élèves de Dillon :

François, fils de Fernand, de Durandalem, âgé de dix-sept ans,

Le Borgne, fils adoptif de Fernand, de Durandalem, âgé de seize ans,

Joseph, fils de Louis, ébéniste, de Laudrefang, âgé de dix-huit ans,

Xavier, fils de Jean-Louis, aubergiste , de Laudrefang, âgé de quinze ans,

Armand, fils de Roger, maraicher , de Tenquin, âgé de seize ans,

Alix, fils de Guillaume , bucheron, de Tenquin, âgé de quatorze ans,

Gabin, fils de Damien, boucher, de Naborum, âgé de dix-sept ans,

Charles, fils de Vivien, commerçant, de Naborum, âgé de quinze ans

Hugues, fils de Richard, éleveur de bétail, de Naborum, âgé de dix-huit ans,

Achille, fils d'Émile, forgeron, de Hombourg, âgé de seize ans.

 

Michel est le bûcheron du village. il a construit un magnifique chalet à flan de colline, sur le versant sud, et y vit avec ses deux filles Marianne et Mariette, des jumelles que son épouse, hélas morte en couche,  lui a donné il y a vingt ans de cela.

D'un tempérament très expansif, elles sont la fierté de Michel,"  Ce que j'ai  fait de plus beau ! " aime-t-il à dire à qui veut l'entendre .

Il est vrai qu'elles sont magnifiques ! grandes et bien bâties, et leur visage toujours souriant apparait sous leur longue chevelure dorée. Elles ont la maîtrise du bois, et manipulent la hache au moins aussi bien que le plus vaillant des garçons .

Jacou a été leur précepteur, leur enseignant bon nombre de savoirs . Elles sont expertes en sculpture sur toute sortes de matériaux, leurs créations de sculptures sur bois ornent bon nombre de foyers dans le village, et Michel adore offrir à ses amis et amies leurs œuvres, non sans fierté !

 

Une pièce dans la grange est réservée à Jacou Artz, en qualité de médecin hygiéniste, équipée de tout le matériel nécessaire aux soins des jeunes gens, que ce soit pour des blessures accidentelles, des maladies ou pour des séances de massages incluses de façon permanente dans leur formation.

Jacou maîtrise les techniques de massage et de raffermissement du corps. En tant qu'hygiéniste il prône la nudité permanente dans le centre de formation pour toutes et tous,  et a formé les jumelles Marianne et Mariette afin qu'elles s'occupent de façon permanente et intensive des apprentis, bien contents de se faire masser par d'aussi jolis minois, et des mains si douces mais néanmoins expertes !

 

Un nouvel arrivage de minerai destiné aux futures armes de nos braves est en place. Dillon, avec l'aide de Michel et des jeunes apprentis, a reconstruit le four de la grande forge, et se charge de recueillir et mouler le fer destiné aux épées. Un savant mélange de fer et de carbone donne à cet acier une résistance dont Dillon n'est pas peu fier !

 

Nous avons de quoi nous laver, l'eau est en abondance, et la forge chauffe une grande réserve d'eau pour se doucher .

Une salle de sudation est utilisée tous les soirs en commun pour éliminer les toxines des efforts de la journée. Suivent  des séances de massages vigoureux, prodigués par Jacou et les jumelles.

Mais les jeunes préfèrent se faire masser par les filles, et il faut une planification bien établie et respectée pour éviter les débordements.

C'est avec enthousiasme que les jeunes œuvrent, fabriquant leurs propres armes, et se donnent à fond, profitant des leçons d'escrime et de maniement de Dillon. Leurs corps se développent rapidement. Ils apprennent aussi l'art des archers. Child est expert en la matière, et les jeunes apprennent vite .

Émile, en bon cavalier, les initie à la monte des chevaux. Il en fait d'excellents cavaliers.

 

Jacou se charge aussi, deux fois par semaine, de leur éducation générale.  L'histoire du royaume et la configuration des contrées n'ont bientôt plus de secrets pour eux. Ils maîtrisent aussi les secrets de la langue, ainsi que les mathématiques.

 

La nourriture conséquente pour ces jeunes appétits sans limite est conçue et livrée par Guenièvre. Sa fille Manon reste aux repas pour les servir, scrutant avec un intérêt à peine dissimulé les corps musclés des jeunes apprentis habillés pour les repas.

Elle s'attarde volontiers en la compagnie de Dillon, quand il n'est pas à former les garçons !

 

Ils ne sont pour les combats vêtus que d'un pagne de protection, les habits gênant leurs exercices. Le climat de ce  printemps est vivifiant, ils ne restent donc que peu inactifs !

Les jumelles, elles - des sorcières selon l'abbé Paul-  de par leur tempérament, excellent aussi dans les plaisirs de la chair, et forment les jouvenceaux aux pratiques de l'amour, sans tabou, déniaisant les plus jeunes, les ayant déjà initiés et massés pendant des séances qu'ils n'auraient ratées pour rien au monde !

Un esprit d'équipe, de compagnons d'armes, s'est forgé au sein des jeunes gens et des jeunes filles, vivant constamment les uns avec les autres. La plupart du temps, ils vivent nus, ensemble.  Le respect des uns et des autres est une marque de leur engagement, et ils sont solidaires dans tout ce qu'ils entreprennent, dans l'effort et dans le plaisir, respectant plus que tout leurs maîtres, Jacou, Dillon et les deux sœurs qui leur enseignent la vie .

Le dépucelage d'Alix , le plus jeune des garçons, a été l'occasion d'une fête intime, entre eux, dorénavant, ce sont tous des hommes, des vrais !

 

Dillon, lui, est tombé amoureux fou de Manon, mais leur amour reste discret, la mission avant tout !

 

 

Chapitre dix.

La fin de l'apprentissage.

 

 

 

Pour ma part, je travaille à la confection de l'épée de Charles.

Je forge la plus belle garde qu'une épée puisse avoir, soignant la poignée qui doit être apte à maîtriser les élans de cette arme hors du commun !

Les filles de Michel me sculptent le moule qui va servir à couler la garde dans le bois le plus dur, un ébène que Child a ramené un jour de ses voyages. Elles y incrustent des pierreries qui orneront l'épée.

 

Et enfin, l'épée est terminée !

 

Elle est en exposition chez Child, et chacun peut la manipuler, sentant cette force magique au bout de leur main.

 

 

Le temps a passé, nous sommes en automne de l'an de grâce 768.

 

Mon épée, l'épée de Charles, issue de la volonté de Dieu et de la grande forge de Durandalem, portera le nom de " Durandal " en l'honneur du village qui fut choisi par les Cieux pour son élaboration .

Dillon et ses hommes sont prêts pour affronter les Basques, ils n'attendent que l'ordre de mise en route pour agir. Ce ne sont plus les jouvenceaux du printemps, ce sont de fiers soldats, robustes, aguerris, et rien ne les arrêtera !

 

Un courrier du roi nous apporte des nouvelles.

Le roi Pépin est mort, dans son fief de St Denis. Ses funérailles ont eu lieu à la Collégiale de Saint-Denis.

Dorénavant, Charles prend la tête de l'armée de l'Ouest, tandis que Carloman reste à la tête de l'armée de l'Est. Charles est couronné à Noyon, roi de de Neustrie et de Bourgogne.

Charles, après les funérailles de Pépin, retourne dans son fief de Bourgogne,  rejoindre son épouse Himiltrude.  En passant par l'Austrasie, il viendra à Durandalem prendre possession de son épée, et emmènera Dillon et ses hommes vers l'est, mater les Germains rebelles, puis vers l'ouest, rejoindre Roland aux Marches de Bretagne pour marcher sur la péninsule ibérique .

 

Une grande fête est organisée à Durandalem, pour la venue de Charles.

 

Toute la province est prévenue, chacun pourra, avec un blanc-seing, participer aux festivités.

Chaque villageois a participé à l'élaboration de la fête, Clovis a abattu ses meilleures bêtes, pour une viande de qualité. Le François a fait concocter les meilleurs plats qu'on puisse manger, P'tit louis a confectionné un pain spécial en l'honneur de Charles, Child a fait venir des contrées du sud, les meilleurs vins...

Tous les villageois ont construit un grand casernement pour loger Charles et sa suite, vingt dignitaires du pays et cinq cents hommes en armes.

L'Abbaye des Glandières  en charge de la distribution des blancs-seings , a fait mander des renforts de toutes sortes.

Pour l'organisation de la fête, des troubadours venus des quatre coins de l'Europe seront là pour divertir les convives, des joutes seront prévues, mettant en valeur Dillon et ses hommes.

 

Chapitre onze.

Les festivités.

 

 

 

Le grand jour arrive, Charles est signalé à quelques lieues de Durandalem.

 

C'est l'effervescence au village, chacune et chacun connaissant le rôle qui lui est imparti.

 

Charles entre dans le village, précédé par ses hommes en armes qui redoutent toujours une traitrise, peut-être fomentée à son égard . Tout le périmètre du village est ceint, et  Charles est en sécurité !

 

Il arrive, descend de son magnifique destrier, et entre à pied dans l'échoppe de Child .

Buccins et trompettes accompagnent Sa Majesté, c'est un moment de grande liesse !

 

Sont présents les notables du village, le bourgmestre Child en tête, les représentants de l'Abbaye des Glandières. Monseigneur Denis est revenu, accompagné par l'Archevêque d'Aix, et Dillon et ses hommes , dans de somptueux apparats de guerriers, forment une haie d'honneur, au bout de laquelle je suis à genoux, tenant dans mes bras Durandal afin de l'offrir à Charles.

 

Il s'avance vers moi, me relève, et admire l'épée rutilante, que je tiens maintenant à bout de bras, présent de Dieu et gage de loyauté envers la couronne.

Il la saisit, surpris par son faible poids, un silence lourd règne dans l'échoppe, et la prenant d'une main sure, la fait bénir par l'archevêque, puis me pose sur l'épaule sa lame, à plat : "Robert, forgeron de Durandalem, suivant la volonté de Dieu, du pape, et de moi-même, je te nomme par la lame de Durandal, Grand Maître Forgeron du royaume ! "

 

La plus haute distinction accordé par un roi à un forgeron !

 

Puis, il fait avancer son chef de la garde royale, qui n 'est autre que Jean d'Ortega, qui prenant Durandal des mains que lui tend Charles, se dirige vers Dillon.

" A genoux, Dillon ! "

" Par le pouvoir qui m'est conféré, je te fais capitaine de la garde du roi, toi et tes hommes dorénavant ne vivrez que pour la sauvegarde de notre roi ! " lui posant à son tour la Durandal sur l'épaule, puis la remettant à son légitime propriétaire, le roi Charles le Grand !

Chacun des gardes promus, Dillon en tête, vont s'agenouiller devant Charles et lui prêtent serment .

 

Charles sort enfin de l'échoppe, et sur le pas, Durandal à bout de bras, clame : Durandalem, tes habitants sont bénis par Dieu !" 

 

Puis il ajoute : " Et maintenant, que les festivités commencent !"

 

Et c'est sous les sonneries des buccins et des trompettes que sont annoncés tous les évènement de la fête.

Installé sur le plus beau et le plus confortable trône qu'il lui a été possible de voir, richement sculpté par les jumelles, incrusté d'ors et de pierreries, orné de soies de Lugdunum, il lui est présenté la population du village, qui jamais n'avait eu tel honneur !

Les animations s'enchainent, un tournoi à cheval est organisé. Jean d'Ortega a emmené avec lui les meilleurs cavaliers de l'école équestre de Mettis. Emile présente quelques uns de ses destriers, et les joutes durent tout un après-midi.

 

Le concours des archers a attiré à Durandalem les plus émérites des archers du pays, et la notoriété des festivité est telle que même les meilleurs archers des contrées de Bretagne et de Calédonie sont présents .

C'est l'occasion pour les cadets de Dillon de montrer leur dextérité.

Les cibles, des cercles tendus de peau de dix pouces de diamètre étaient placées de plus en plus loin. Chaque concurrent avait trois tirs a faire à chaque position de la cible, pour écarter autant que se peut le facteur chance.

Les cibles, d'abord à vingt pas, sont reculées au fur et à mesure, il faut au moins deux flèches dans la cible pour continuer...

Bien sûr, le meilleur archer du monde connu, le calédonien Guntrum, est inscrit, et il franchit une à une toutes les étapes avec trois flèches dans la cible à chaque fois !

Notre surprise est grande, quand sur une cible à 500 pas, il ne reste que deux concurrents, Guntrum le Calédonien, et Joseph, Fils de l'ébéniste Louis, de Laudrefang, le bourg à l'ouest de Durandalem,   promu la veille garde personnel de Charles . 

Sur la cible à 500 pas, tous deux décochent les trois flèches, mais la cible à 1000 pas, une distance énorme, n'est atteinte qu'une fois par Joseph, alors que Guntrum en place deux sur les trois.

 

Guntrum est sacré champion du monde encore une fois, et Joseph reçoit le titre de champion des archers du roi, à sa grande fierté et celle de tout le village. Son père, l'ébéniste Louis, est félicité de la dextérité de son fils ! Le village de Laudrefang tout entier est à l'honneur !

Plus grande encore est la fierté de Child, son professeur ! 

 

Les banquets sont incessants les mets somptueux succèdent aux vins de grande qualité, quelques-uns y goûtent un peu trop, créant de petites échauffourées, vite calmées par la brigade de gens d'armes formée pour éviter les problèmes qui pourraient gâcher les festivités. 

Un combat est organisé, Charles lui-même contre quelques unes des meilleures lames du royaume.

Mais même à cinq contre un, ils n'ont aucune chance face à Charles et son  épée, la Durandal, tranchant les lames les plus solides. Même les aciers de Tolède, pourtant réputés imbrisables, ne résistent pas !

Rien ne peut l'altérer, ce qui prouve que c'est vraiment une arme de Dieu qui, comme le relate Charles à l'issue des combats,  " ne peut être élaborée que par le meilleur des maitres forgerons du royaume, Robert !"

 

Les festivités , réunissant plus d'un millier de personnes,  ont duré trois jours et deux nuits, la dernière étant vouée au repos, avant de marcher d'abord vers l'est, aux frontière de la Germanie orientale, Puis, après avoir fait sa loi, vers l'ouest, des troubles sont signalés aux confins de l'Aquitaine, qui pourtant soumise, se rebelle contre le roi.

 

 

 

 

 

Chapitre douze.

La vie à Durandalem.

 

 

 

Le jour du départ est arrivé. La petite armée de 500 hommes se réunit dans la vallée.

Tout le village, encore sous le charme des festivités voit s'en aller Charles, entouré de son capitaine des gardes et de ses soldats, fraichement nommés et tous formés par Dillon à Durandalem.

 

 Charles se met en marche, en direction de la Germanie.  Il doit faire jonction avec l'armée de Bourgogne et, sous ses ordres aller mettre de l'ordre aux frontières du royaume.

 

Le village se vide de tous les invités. Les renforts logistiques venus de l'Abbaye des Glandières s'en vont, Monseigneur l'évêque Denis en tête, les familles de huit des dix disciples de Dillon regagnent leurs bourgs respectifs, les habitants de Durandalem ont fort à faire pour nettoyer et ranger les résidus des festivités.

Puis ils reprennent leurs quotidiens. P'tit Louis avec  Isabel range le moulin qui a été mis fort à contribution ces derniers jours. Une grande table est dressée devant chez Child. Il faut manger ce qui reste de la fête:  des viandes, des gâteaux, des mets cuisinés... Le vin qui reste coule à flots, pendant plusieurs jours.

 

Michel, le bûcheron transforme la grange ayant servi d'école en un centre de thalassothérapie et de relaxation.

Ses filles gèrent les bains ainsi nouvellement crées, où la nudité est de mise, encouragées par les résultats obtenus pour former la nouvelle garde Royale, sur les conseil de Jacou Artz.

Je participe à la construction des thermes de Durandalem. Une chaudière géante est prévue pour chauffer l'eau , et tous les villageois profitent de ce nouveau loisir.

Au fil des mois, la réputation des thermes s'établit dans la contrée, les gens viennent de dizaines de lieues à la ronde pour profiter des bains et des massages de " Durandalem-les-Bains ".

 

Jacou et les jumelles ouvrent une école de formation aux techniques de bien-être, où toutes les filles du village viennent s'instruire en vue d'œuvrer dans les nouveaux thermes.

Petit à petit, Durandalem est une étape plaisante de l'Austrasie. Guenièvre et Manon ouvrent un restaurant dans lequel Alyson travaille, les casernements des soldats de Charles sont transformés en hôtel...

 

 

Chapitre treize.

L'armée du roi.

 

 

 

Charles est en route vers le Rhin, au-delà duquel les germains revendiquent le territoire. A Strasbourg, il est rejoint par l'armée des comtes de Bourgogne et de Languedoc, qui lui ont fait allégeance.

 

Durant deux ans, il soumet une à une les tribus rebelles germaines.  Il échappe, grâce à son Capitaine de la garde royale et ses hommes, à un attentat visant sa tête, fomenté par Carloman, son propre frère, qui ne supporte plus d'être son vassal.

 

Nommant en Germanie un de ses plus valeureux comte Roi des germains, et laissant une partie de son armée et les troupes germaines soumises gérer la province, il repart vers Aix- la-Chapelle, ou il installe sa capitale.

Puis il marche sur Rome, où Carloman prône le titre de roi des Lombards.

Mais quand il arrive, Carloman est mort, et un de ses fils, Didier, réclame l'héritage de la Lombardie, ce que ne peut accepter Charles - dorénavant Charlemagne - seul maître après Dieu de toutes les provinces des Francs !

Il entre en guerre contre les Lombards, et après leur défaite, va jusqu'à Rome et épouse la fille de Didier, faisant des Lombards ses alliés.

 

Mais il reste la révolte des Aquitains à mater. Et il repart vers l'ouest, où il fait la jonction avec Roland aux marches de Bretagne, pour descendre sur l'Aquitaine pour mater les Vascons.

 

Entre-temps, L'armée de l'Est, dorénavant constituée des Lombards et des Languedociens marche sur l'Espagne, pour aider Souleymane, comte de Barcelone contre l'émir de Padoue, Abd al-Rahman qui après sa défaite contre Charles Martel à Poitiers, veut sa revanche sur les Francs.

Venant de l'ouest, avec le soutien de l'armée de l'Est, Charlemagne réussit à anéantir l'armée de Padoue notamment grâce à la bravoure de Roland, et pour le remercier lui fait présent de la Durandal, son épée fétiche magique.

 

La guerre d'Espagne est terminée. Des vassaux sont nommés pour régner au nom de Charlemagne.  Et lui et toute son armée reviennent par l'ouest pour terminer l'œuvre de soumission des Vascons.

 

 

 

Chapitre dernier.

La disparition de Durandal.

 

 

 

Toute ou presque toute l'armée de Charlemagne franchit les Pyrénées, Roland et son armée fermant la marche, quand ils se font attaquer par les Vascons, tous archers valeureux, qui s'étaient réfugiés dans les montagnes dans le col de Roncevaux .

La bataille fut rude, les renforts appelés par l'armée de Roland à grands souffles d'oliphants, n'arrivèrent pas à temps, et l'armée fut décimé par les flèches vasconnes.

 

Roland, blessé par une multitude de flèches, se sachant perdu, voulut détruire le cadeau de Charlemagne, la Durandal, pour qu'elle ne tombe pas aux mains des Vascons, et essaya de la fracasser contre les rochers, mais en vain. Elle ne faisait que tailler la pierre qui cédait sous ses coups.

Alors, en implorant Dieu de sauvegarder Durandal, il la jeta dans les airs par dessus la montagne vers la vallée...

 

Nul ne sut ce qu'il advint de Durandal, jusqu'au jour où un écrit monastique révéla un phénomène étrange qui se serait passé en l'an 778...

Une épée scintillante qui volait dans les airs s'est fichée dans le rocher de Notre-Dame de Rocamadour, à des centaines de lieues de Roncevaux. 

Cette épée serait Durandal.

 

Epilogue

 

 

Après ses conquêtes et reprises de pouvoir, Charlemagne rentra en son fief d'Aix-la- Chapelle, en passant par Rome, où le Pape Léon III le couronna " Empereur d'Occident et du Saint Empire Romain Germanique ".

 

Sa garde personnelle a été remplacée, après de bons et loyaux services, et Dillon et ses hommes, tous survivants, retournèrent dans leur Austrasie Natale.

Ils me racontèrent les évènements.  J'étais triste de ne pas savoir ce qu'il était advenu de Durandal !

 

Dans le village de Durandalem, la vie avait suivi son cours. Isabel avait pris Manon pour épouse, et les jumelles étaient à la tête d'une grande société de bien-être, et cela sûrement pour des siècles !

 

Le retour des héros fit grand bruit, et nous festoyâmes toutes et tous pendant des jours et des nuits !

 

Remerciements.

 

 

Ce récit n'aurait pas pu voir le jour sans:

 

Michel Denis, qui fut un temps directeur du Centre d'Action Culturelle de Saint-Avold, et qui était persuadé que le nom de mon village, Dourd'hal, avait un rapport avec Durandal, l'épée de Charlemagne.

Je lui avais promis de faire des recherches sur le sujet.

Je lui dédie ce récit à titre posthume  .

 

Ce récit est basé sur quelques vérités historiques.  Je remercie les Robert, le Petit et le Grand, et la semeuse à tous vents, Larousse, pour leur aide précieuse sur les faits .

Wikipédia m'a aussi aidé à recouper des faits épars qui se rejoignent tôt ou tard . 

 

Jean-Pierre, que dans mon milieu je nomme "Maître Moust" , mon correcteur attitré,  a fait du bon travail, non seulement sur la correction orthographique, mais aussi sur la syntaxe et diverses tournures de certains passages.

Je le remercie, d'avoir su garder la spontanéité de mon verbe !

 

Portez-vous bien, nus si vous pouvez !

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Sylvain KIHL 21/11/2020 13:26

Pfff Bilbo
et son petit anneau
vive Roro
notre nouvel Héros

robertditsch 22/11/2020 12:37

bientôt une suite...

robertditsch 22/11/2020 12:37

J'en prépare une autre, plus...osée, avec les mêmes personnages...

Sylvain KIHL 21/11/2020 16:58

si , si , héros , dans le sens de héros de saga , bravo , Zugabe , Zugabe

Sylvain KIHL 21/11/2020 16:56

si , si , héros , dans le sens de héros de saga , bravo , Zugabe ,Zugabe

robertditsch 21/11/2020 15:37

Hey ! salut Sylvain ! Héros, n'exagérons rien ! Mais ça m'a fait fait plaisir !

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